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Des hauts cadres de la République inculpés pour distraction de la fortune publique au Cameroun ont,  au cours de leurs auditions, cité les structures créées par l’épouse du président Paul Biya, comme étant les principales bénéficiaires des fonds détournés. Ce qui ferait de la Fondation Chantal Biya et de Synergies Africaines contre le Sida et les souffrances en Afrique, des éventuelles  receleuses. Lire l’éclairage des confrères du Messager.

Franck ESSOMBA et Jean-François CHANNON, Le Messager24/04/2008.  L’Epervier plane sur Chantal Biya

De nombreux accusés dans le cadre de la lutte contre le détournement de deniers publics citent régulièrement les structures caritatives et de recherche de l’épouse du chef de l’Etat comme étant destinataires de certains fonds.

Lors de la dernière session parlementaire qui s’est achevée le 11 avril 2008, le vice-Premier ministre, ministre de la Justice Garde des sceaux, avait annoncé qu’une vingtaine de dossiers étaient déjà bouclés dans le cadre de la lutte contre la corruption et le détournement de deniers publics. Après son passage devant les députés, les anciens ministres Polycarpe Abah Abah et Urbain Olanguena Awono ont été interpellés et sont aujourd’hui détenus.
Au-delà de l’effet d’annonce, on se demande comment cette opération, baptisée Epervier, va se poursuivre. L’on a été habitué à de nouvelles personnes qui devaient être interpellées. Mais de plus en plus, de nombreux observateurs commencent à s’interroger sérieusement sur le sort des personnalités et des structures citées lors des procès précédents. Parmi ces structures, figurent en bonne place la Fondation Chantal Biya (Fcb) et l’organisation non gouvernementale Synergies africaines contre le sida et les souffrances en Afrique. Des structures créées par l’épouse du chef de l’Etat camerounais.
Dans le cadre de l’affaire Etat du Cameroun et Port autonome de Douala contre Alphonse Siyam Siwé, Edouard Nathanaël Etondè Ekoto et onze autres accusés, plusieurs personnalités dont l’épouse du chef de l’Etat ont été citées. Si Camille Ekindi et Christian Penda Ekoka (eux aussi cités) ont effectivement comparu et Claude Juimo Monthé passé devant le procureur lors de l’instruction, Chantal Biya et bien d’autres – dont Jacques Chirac (lui aussi cité) – ne sont intervenus à aucun moment de la procédure. L’ordonnance de renvoi établi à ce sujet et mentionnant les déclarations de ceux qui se sont exprimés, indique en effet qu’une partie des fonds détournés a pris la direction de la Fcb sous forme de dons. La structure pourrait ainsi être présentée comme receleuse des fonds détournés.
Lors du procès Etat du Cameroun et Feicom contre Emmanuel Gérard Ondo Ndong et autres, les conseils de l’ex-directeur général du Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunal ont fait remarquer au tribunal que la Fcb et Synergies africaines avaient bénéficié de la générosité de leur client. Pour ces avocats, l’argent détourné aurait entre autres servi aux causes humanitaires défendues par l’épouse du président de la République. Une légende indique que lors de l’interpellation de Ondo Ndong, ce dernier aurait demandé aux éléments des forces de l’ordre venus l’appréhender si la Première dame était au courant de leur mission. L’ex-Dg du Feicom insinuait ainsi qu’il avait « une relation assez étroite avec Chantal Biya ».
Comme l’ex-Dg du Feicom, l’on a dit de l’ex-ministre de la Santé publique, Urbain Olanguena Awono qu’il faisait partie du « fan club » de Chantal Biya. Ce dernier ne cachait pas sa détermination à appuyer « l’œuvre humanitaire » de la Première dame. Des sources bien introduites indiquent qu’il aurait à plusieurs reprises, spontanément et formellement, soutenu la Fcb et Synergies africaines. Urbain Olanguena Awono (lui aussi) avait toujours au bout des lèvres des propos élogieux vis-à-vis de la Première dame. L’on s’attend, lorsque s’ouvrira son procès, s’il ne tient pas sa langue, à un déballage « des largesses financières à l’endroit des différentes organisations de Chantal Biya. »
Les mêmes allégations tiennent aussi pour Paulin Abono Moampamb aujourd’hui en détention préventive à la prison de Yokadouma. L’ex-secrétaire d’Etat aux Travaux publics était réputé « très proche de la Première Dame ». Selon ses détracteurs, « il lui vouait pratiquement un culte proche de l’idolâtrie. » Aujourd’hui arrêté, on se demande si sa position ne fait pas une mauvaise publicité à l’épouse du chef de l’Etat.

« Ce n’est pas possible ! »
Contacté par Le Messager pour un éclairage sur ces déclarations tendant à enfoncer Chantal Biya, un très haut commis de l’Etat tient à préciser : « La Première dame a un statut particulier. Elle aide et accompagne son époux dans l’immense tâche que le peuple camerounais lui a confié. En ce sens, le président de la République lui accorde une dotation particulière pour ses activités associatives et humanitaires. Jamais, il n’est question, et cela n’est pas possible, qu’elle puisse apporter sa caution de quelque manière que ce soit à des personnalités nommées à des postes de responsabilités par le chef de l’Etat et qui sont convaincus de détournements de deniers publics par la justice camerounaise ou encore être leur complice. Je répète que ce n’est pas possible. »
Pour cette personnalité, des personnes véreuses, travaillant aux côtés de la Première dame, ou se disant proches d’elle, peuvent se livrer en son nom, sans qu’elle ne sache, à un trafic d’influence, à des actes d’escroquerie et d’arnaques auprès des hautes personnalités de la République. « Mais le contraire qui n’est absolument pas possible », martèle-t-il. On attend donc de voir ce que fera l’Epervier.
 

Tag(s) : #Actualité

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