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                  Camer.be : Interview réalisée par Hermann G’nowa,04/07/2008. De retour de Colmar où le  CODE était en conclave le weekend dernier, le secrétaire exécutif du Code a déposé sa valise pour quelques minutes à Bruxelles dans le but de retrouver dit il sa base afin de peaufiner les activités de son organisation dans les prochains mois. Très prolixe sur la situation actuelle du Cameroun, il ne mâche pas ses mots. Camer.be lui a tendu son micro

Mr Brice Nitcheu, on n’a plus beaucoup entendu parler de vous depuis que l’assemblée nationale du Cameroun a modifié la constitution. Ou étiez-vous passé ?

Je tiens à souligner une chose qui est importante. Ce n’est pas l’assemblée nationale qui a modifiée la constitution du Cameroun. C’est Paul Biya lui-même qui, comme un vieux sorcier, a pratiqué toutes les chirurgies, en supprimant, ou en ajoutant ce qui lui semblait rassurant pour sa survie. C’est un homme qui a peur pour tous les crimes économiques et politiques qu’il a commis contre les Camerounais, et qui redoute, pour lui et sa famille, la solution Zaïroise. Lorsqu’on regarde la hargne avec laquelle il fait déguerpir en ce moment les maisons qui sont situées dans la périphérie du palais d’Etoudi, on peut aisément comprendre l’étendu de sa peur, et qu’il a choisi de vivre isolé et reclus dans sa tour d’ivoire, loin de la misère ambiante et rampante qu’il a créée au Cameroun en 26 ans de tyrannie. Mais, il ne saurait y rester longtemps.

Pour revenir à votre question, j’étais très bien là, sur tous les fronts. Comme vous savez, ce régime criminel a assassiné plus de 100 jeunes patriotes en seulement trois jours d’insurrection populaire, pourtant légitime. Ce chiffre macabre est de très loin ce qu’on reproche à Robert Mugabe. Pour ceux qui ont vu les images de ces atrocités, il devient évident que Paul Biya est impardonnable. Donc, depuis le mois de février, il fallait se battre pour faire libérer les patriotes injustement jetés dans les bagnes infectes de Biya. Il fallait rassurer et soutenir leurs familles. Il fallait exposer à la communauté internationale ces crimes odieux, qui reflètent le visage hideux du Renouveau. Il fallait organiser des soirées de Mémoire afin que ces patriotes ne sombrent pas tout de suite dans l’oubli. C’est ce que nous avons fait. Vous avez vu le cercueil que nous avons déposé devant l’ambassade du Cameroun à Bruxelles, pour attirer l’attention de l’opinion. Nous avons remis les images répugnantes de ces crimes à toutes les institutions internationales, et nous avons même réussi à les faire parvenir à Barack Obama, par le biais d’un membre du CODE qui est dans son équipe de campagne. Nous avons été reçus en audience par plusieurs gouvernements occidentaux, parce qu’il faut bien que le monde entier sache quelle est la vraie nature de ce régime. Bien plus, après la modification de la constitution, il fallait prendre un temps d’arrêt et de réflexion, pour évaluer nos actions, et mieux travailler sur la meilleure stratégie susceptible de relever le défi de la démocratie posé  par ce régime fourbe. C’est  ce que le CODE a fait le weekend dernier, au cours d’une assise capitale que nous avons organisée dans la ville de Colmar, en Alsace, en France.

Parlant justement des émeutes de février dernier, l’ancien  ministre d’Etat camerounais Charles Etoundi a accusé le CODE sur les antennes de RFI, comme étant à l’origine des émeutes de février dernier au Cameroun et plusieurs camerounais  vous reprochent de vous cacher à Londres pendant que vous envoyez les enfants dans la rue pour se faire tuer. Que répondez-vous à ces accusations qui sont quand même très graves ?

Charles Etoundi, comme tous les ministres de Paul Biya dont la nomination obéit plus à une logique tribale qu’aux critères de compétence, est un aigri qui joue avec le feu. Si vous avez eu l’occasion de lire le mémorandum des « élites du Mfoundi », vous remarquerez qu’il est l’un des signataires. Je ne réponds pas aux élucubrations  d’un griot comme celui - là, dont les affres du chômage poussent l’envie de revenir aux affaires à ses extrêmes.

S’agissant de ces émeutes, le peuple camerounais a démontré sa grande capacité de résistance, et son rejet total de ce régime. Aucun dictateur au monde, quelque puissant croit-il être, ne peut opprimer éternellement un peuple qui refuse l’oppression. Un jour viendra, (et je crois que ce jour-la n’est plus loin) ou Paul Biya trouvera le Cameroun ingouvernable. Lorsqu’un pouvoir réagi aux revendications populaires par le crime, le peuple a le droit de rechercher des moyens pour se défendre. En acceptant d’être tués au mois de février comme des poules sans réagir, les patriotes ont fait montre d’un sang froid extraordinaire. La prochaine fois, il pourrait avoir des morts dans les deux camps si Paul Biya reste dans la logique du crime.

Et que répondez-vous à ceux qui disent que vous demandez aux enfants à aller se faire tuer dans la rue pendant que vous restez à Londres ?

Ecoutez, j’ai souvent entendu ce genre de raisonnement, que les thuriféraires du « Renouveau » balancent chaque fois qu’ils n’ont plus d’argument. Lassez-moi vous dire : Nous voulons renverser Paul Biya, et ça, nous ne le cachons pas. Nous avons essayé, depuis 1992, par des moyens démocratiques, pacifiques. Nous sommes allés aux élections, et Paul Biya s’est chaque fois déclaré vainqueur. Plus les années passent, plus il invente des astuces pour s’agripper au pouvoir, comme si notre pays était sa propriété privée. Si au moins en s’agrippant au pouvoir le peuple voyait les résultats en terme de développement, on pourrait se dire qu’il travaille quand même. Mais regardez nos banques ? Où sont-elles ? Où sont nos sociétés d’Etat ? Biya, ce grand tyran, a tout pillé avec ses complices, dont certains sont aujourd’hui envoyés en prison, sans qu’on nous dise où sont passés les milliards volés. Le taux de chômage au Cameroun est de 80%. Pendant ce temps, Paul Biya achète des jets privés pour lui et sa famille. Que fait-on pour changer un régime aussi glouton, lorsque ce régime refuse l’alternance et étouffe dans le sang les manifestations pacifiques ? Il faut trouver d’autres moyens pour le chasser. De l’intérieur, cette démarche est impossible. C’est une combinaison des actions de l’intérieur et l’extérieur qui pourraient venir à bout d’un régime aussi médiocre, mais aussi impitoyable lorsqu’il s’agit de sa survie.

Votre frère aîné, l’honorable Jean Michel Nintcheu, qui est député du SDF, a été arrêté au mois de février dernier à l’aéroport de Douala, son passeport confisqué puis remis quelques semaines après. On l’a accusé d’avoir orchestré à Douala ces émeutes, avec votre soutien. D’autre part, certains ont fait le parallèle entre votre rencontre avec Mboua Massok à Genève en novembre 2007, et les actions de rue qu’il a entreprises dès son retour au Cameroun. Qu’en dites-vous ?

L’honorable Nintcheu est un homme d’affaires, qui était déjà prospère avant d’entrer en politique en 1990. Il est à la tête du SDF, dans le Littoral. C’est à ce titre qu’il a organisé la résistance. Il est un homme respectueux des institutions, et c’est une option qu’il a choisie, et que je respecte. Le harcèlement contre lui, tout simplement parce qu’il est mon frère, est simplement ridicule. Il a choisi le jeu institutionnel, et le CODE a choisi la logique insurrectionnelle. Les deux sont incompatibles. On ne peut pas opprimer un individu pour ses liens familiaux avec un homme qui dérange. Si nous suivons cette logique, nous pouvons très bien organiser la traque des fils de ministres ici en Europe, et même le harcèlement des enfants de Paul Biya, puisque nous savons où ils sont. Nous n’allons pas nous laisser entraîner sur ce terrain là.

S’agissant de Mboua Massok, il est pour nous l’incarnation de Moumié, de Um Nyobe, de Ouandié, de Ossende Afana, et même de Charles Atangana et de Douala Manga Bell, tous réunis dans un seul corps. C’est un patriote courageux, inspiré. Nous l’avons invité à Genève, c’est vrai. Mais c’était dans le cadre du Prix Moumié, dont il est le premier lauréat. C’est la peur qui pousse le régime Biya à épier nos moindres gestes, et à soupçonner tous ceux qui sont d’une manière ou d’une autre proches de nous. Ils dépensent des milliards pour envoyer des mouchards à nos trousses. L’année dernière, ces voyous étaient partout dans les rues de Genève, et écumaient tous les lieux publics pour épier nos faits et gestes. Un autre, qui se faisait appeler Olivier Duval, et qui vit, dit-il à Paris, m’a même proposé un camion d’armes, et des points de contacts au sein de l’armée. Il ne m’a pas fallu deux minutes pour savoir qu’il était un agent de Paul Biya. En réalité, le CODE fait peur à Paul Biya. Pourtant, nous n’avons pas l’intention de faire peur. Nous avons l’intention de renverser ce régime, par des moyens populaires.

Tag(s) : #Actualité

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