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 Delphine E. FOUDA, africanindependent.com Le « busines » de Bakassi se porte à merveille et la série noire des attaques devra une fois de plus justifier de nouvelles dépenses budgétivores de l’armée camerounaise qui alimentent  les comptes individuels du clan Biya. Alors que des groupes « puissamment armés » sèment la panique sur la presqu’île, le ministère de la Défense (Mindef) connu pour son avidité se la joue sereinement et parle des mesures en cours pour sécuriser la région. Pendant ce temps, le chef suprême des armées, Paul Biya attend impatiemment que lui soit livré son avion, que l’Office d’armement Sofema aurait trouvé, pendant qu’il utilise l’Albatros pour régler ses comptes politiques. Les attaques infligées aux troupes militaires camerounaises témoignent des appétits voraces de ceux qui ont la charge de la Défense de notre pays.
En lisant les faits qui suivent, le lecteur devrait garder en esprit que le trafic des armes de guerre est le commerce le plus lucratif actuellement en Afrique et dans de nombreux pays du monde. Les armes de guerre permettent à leurs utilisateurs d’obtenir par la force et la terreur tout ce qu’ils désirent. De nos jours, l’arme de guerre se présente comme l’un des investissements – macabres bien sûr – les plus profitables.

Au cœur de toutes les convoitises et de tous les trafics, la presqu’île de Bakassi n’a pas fini de dévoiler toutes ses scandaleuses facettes.

La confusion demeure entre un peuple camerounais qui pleure ses dignes filles et fils quotidiennement dépouillés, torturés ou tués par des groupes armés « braqueurs », « coupeurs de route » et autres gangs divers (face auxquels nos forces de défense sont toujours étonnamment  impuissantes) et des soldats toujours pris au dépourvu sur le champ d’honneur à Bakassi.

Les Meka perçus comme les dirigeants des réseaux de vente d’armes de Bakassi

Au lendemain de l’attaque du 09 juin ayant coûté la vie au Sous-préfet de Koumbo à Bedimo ainsi qu’à plusieurs autres responsables administratifs et militaires, le ministre de la Défense Rémy Ze Meka s’était voulu rassurant, en annonçant le 20 juin aux députés qu’il fallait s’attendre à de « nouvelles attaques d’envergure… des bandes lourdement armées fuyant la pression de l’armée nigériane ».


La réalité sur le terrain nigérian ne montre pourtant aucun signe que les militants du Delta du Niger fuiraient la pression armée fédérale. Au contraire, ces bandes narguent le gouvernement de Yar’Adua en disant à notre micro que c’est une « lutte qu’il ne peut pas mener et gagner au Nigeria ». Tout au contraire, des responsables nigérians, dont le général Owoeye Azazi, avancent que l’accord de Greentree signé par l’administration Obasanjo est illégal. De  tels responsables soutiennent les militants du Delta du Niger, dont les destructions des plateformes pétrolières contribuent à l’augmentation des cours mondiaux de pétrole dont bénéficient de tels gouvernants.

Ze Meka attendait-il que des attaques violentes laissent sur le carreau nos valeureux soldats pour qu’il se rende à l’évidence que le Cameroun fait désormais face « à l’émergence de nouveaux phénomènes » ?

Les services de renseignement de l’armée camerounaise ne souffrant pas de déliquescence, l’on est en droit de s’interroger sur cette attitude passive, voire suspecte du ministère en charge de la Défense.

On se souvient encore avec quelle dextérité Remy Ze Meka avait déjoué son vrai faux coup d’Etat en mettant aux arrêts de nombreux éléments de l’armée, pour la plupart  originaires du grand Nord. Le célébrissime ministre n’a-t-il pas été prévenu des attaques du 12 novembre 2007 et du 09 juin 2008 ? Ne les a-t-il pas orchestrées ?

Une armée sans trophée de guerre contre l’ennemi extérieur


Car, comment comprendre qu’une armée à laquelle l’on a toujours prêté des performances référentielles soit aujourd’hui en proie à de sérieuses vagues ? Sur le continent noir, le Cameroun est en effet classé parmi les pays dont l’armée est dit-on de bonne qualité et jouit de nombreux atouts.

Curieusement jusqu’ici, cette armée de bonne qualité n’a réussi à s’imposer que par la terreur sur les populations camerounaises, en usant en particulier de méthodes expéditives et barbares. Aucune victoire sur aucun front de combat contre aucun ennemi extérieur n’est venue démontrer que l’armée camerounaise serait aussi forte qu’on le proclame, très souvent pour intimider et terroriser des populations sans défense.

Rappelons-nous  qu’en 2000, après l’assassinat d’un français à Douala et sur la demande de la France, Paul Biya et ses sbires avaient mis sur pied le commandement opérationnel, un dispositif de sécurité qui s’était investi dans de nombreuses exactions sans toutefois mettre un terme au grand banditisme.

Plus de quatre vingt personnes sont portées disparus à ce jour. Des sources des ONGs et des témoins divers font état de plus de 1,000 morts, dont beaucoup de corps des victimes d’exécutions sommaires étaient soit enterrés dans des fosses communes, soit jetés dans des décharges publiques et les terrains vagues. 

De même, il reste toujours en mémoire qu’avec l’assistance technique d’officiers israéliens, Paul Biya décréta la création des brigades d’intervention rapide (Bir). Composées de huit cent hommes bien équipés et implantées à des locations quasi secrètes au Centre, à l’Est, au Nord et au Littoral, les Bir étaient officiellement chargées de lutter contre le « grand banditisme », dont notamment les bandes armées dites de « coupeurs de route » que l’on déclare venir du Tchad et du Nigeria et qui sévissaient dans le grand Nord.
La mission véritable des Bir est cependant la défense du président de la république contre toute approche lointaine de l’ennemi du régime du vieux dictateur. Le plan d’installation des Bir est en effet sous forme de cercle autour de la présidence d’Etoudi.

Justement parce que la véritable mission des Bir est celle de garde présidentielle, ni les coupeurs de route, ni l’insécurité n’ont jamais été maîtrisés, et encore moins les gangs de braqueurs qui sèment quotidiennement la terreur au sein des populations désarmées.

Biya entretient et équipe son armée… contre le Peuple camerounais


Avec un budget de 155.203 milliards de FCA, la grande muette n’est pas au régime maigre. Son budget est revu à la hausse tous les ans (142.198 milliards en 2006 et 150.413 milliards en 2007). En plus, elle ne se prive pas des dons des pays qui convoitent les richesses de notre cher et beau pays.

En matière d’achats de matériels et d’équipements à but militaire, le Cameroun ne fait pas dans la fine bouche. Entre 2002 et 2006, notre pays s’est vu livrer par la France, des fusils automatiques et 11 420 lance grenades.

Le Cameroun devenait ainsi le premier client de la France pour cette période. Un tel armement lourd n’est finalement utilisé que contre l’ennemi intérieur de Paul Biya que sont les populations camerounaises, massacrées à souhait quand elles osent revendiquer leurs droits humains.

De 1997 à 2006, les commandes faites s’élevaient à 24 milliards FCFA, et les livraisons ont été faites pour 18 milliards FCFA.

Selon le rapport présenté au parlement français sur les exportations d’armement de la France en 2006, le Cameroun a obtenu onze autorisations d’exportation de matériels de guerre pour près de 2 milliards de nos francs.

Le Cameroun se fait également livrer par la  Russie, qui lui vend directement des kalachnikovs à bon prix. Ainsi que par la Chine, qui dans sa conquête des ressources naturelles n’hésite pas à jouer la charitable.

Notons au passage qu’en 2002, l’on demandait à l’état-major de l’armée camerounaise de ne point utiliser abusivement les missiles Eryx lors des exercices militaires et des simulations de contre-offensive à Bakassi. Une preuve que la grande muette a toujours été bien fournie.

La soutien militaire français se renforce, jusqu’à résoudre le problème d’avion présidentiel

La Lettre du Continent du mois de juin dernier nous révèle que le neveu de Valery Giscard d’Estaing, Guillaume Giscard d’Estaing, directeur général de l’Office d’armement Sofema, aurait trouvé un avion à Paul Biya pour lui faire oublier l’Albatros.

Le groupe Sofema, dont les actionnaires sont EADS (22%), Safran (12%), DCN (10%), Thales (10%), Nexter (9%), Dassault (7%) et d’autres actionnaires (30%), est spécialisé dans l’aéronautique et la défense, avec pour mission spéciale de promouvoir la présence technologique française et européenne à travers le monde.

Guillaume Giscard d’Estaing faisait partie de la délégation du ministre français de l’immigration Brice Hortefeux lors d’une visite effectuée au Cameroun les 19 et 20 mai 2008.

Il est important de signaler que la Délégation générale pour l’armement française a reçu une commande  du Cameroun pour des véhicules blindés (VAB), ainsi que pour des systèmes sol-sol et sol -air.

Au-delà du budget faramineux et des commandes onéreuses, il faut noter que le conflit de Bakassi a donné au régime de M. Biya  l’avantage de renforcer et d’équiper – du moins sur les papiers de demande d’aides - l’armée qui lui est si chèrement dévolue.

En effet, depuis 1993, les armes et équipements militaires bénéficient des crédits du fonds d’aide et de coopération (FAC). En sus de cela, l’armée camerounaise  bénéficie du soutien de son alliée française dans le cadre d’un accord de défense.

L’opération Aramis, qui est menée depuis février 1996 et dont la mission se traduit par une assistance dans les domaines de l'aide au commandement, du soutien logistique, du renseignement, de l'instruction opérationnelle, de l'évacuation sanitaire, ainsi que de la surveillance des frontières entre le Nigeria et le Cameroun, est le volet le plus important de cette coopération.

L’opération Aramis coûterait annuellement à la France quelques 2,62 millions d’euros ; en échange bien sûr d’une exploitation abusive et sans contrôle de nos ressources.

Le conflit de Bakassi s’est donc avéré un secteur extrêmement juteux pour les bandits à col blanc de la République Tropicale du Cameroun, avec une augmentation considérable des dépenses budgétaires, dont l’essentiel est détourné à travers des réseaux mafieux de trafic des armes militaires, que contrôlent Biya, ses complices de la famille Meka et d’autres proches officiers et civils.

Les trafics de Bakassi ne datent pas d’aujourd’hui

Les magouilles montées autour de l’affaire Bakassi n’ont pas commencé aujourd’hui. Nous suivons cette mafia depuis plus d’une décennie. En 1996, près de 218 millions de dollars y avaient été engloutis.

L’on se souvient encore qu’en 1995,  pour justifier des dépenses incongrues, quelques ogres de la délégation générale à la sûreté nationale fabriquèrent un gros mensonge afin de couvrir de gros détournements en faisant croire qu’il fallait nourrir et approvisionner 335 policiers qui se trouveraient à Bakassi. Ce que le vieux briscard Ndzana Seme, alors directeur de Publication du
Nouvel Indépendant avait appelé à l’époque le « gombo » de Bakassi.

« Vérifications faites au ministère de la Défense », le journaliste révéla alors qu’aucun policier ne se trouvait à Bakassi (Le Nouvel Indépendant
du 15/05/95).

Pour mémoire, feu Jean Fochivé porta plainte contre Ndzana Seme pour diffamation, espérant ainsi joindre sa plainte à celle de Paul Biya qui se sentait blessé d’outrage au président de la république pour avoir été appelé
« animal pensant »
, d’incitation à la révolte et de non soumission du journal à la censure administrative. Fochivé retira aussitôt sa plainte à la première audience quand il constata que les sources du journal étaient policières.

Plus elle est modernisée, plus l’armée est fragile aux attaques
Le 13 janvier 2005, Paul Biya signait cinq décrets de modernisation de l’armée camerounaise. Conjointement mené par les militaires français et camerounais. Le projet,  qui repose entre autres sur le renseignement et les transmissions, devait aboutir à la création du Cours supérieur interarmées de défense (CSID) et de l’Etablissement centralisé de réparation et de reconstruction automobile (ECCRA).

Aussitôt les décrets signés, le chef d’état major de l’armée française, le général d’armée Henri Bentegeat, se rendit au Cameroun quelques jours plus tard pour être rassuré de
« la réalité du partenariat militaire entre nos deux pays. »

Dans un communiqué du CSID et ECCRA daté du 10 janvier 2007, il est souligné que « le Cameroun peut se prévaloir aujourd’hui d’être une des  références africaines dans le domaine de la formation des officiers ».


Au vu d’un tel renforcement de l’armée sous le financement et la supervision française, il y a lieu de s’interroger sur ces attaques répétées de Bakassi qui n’ont eu de cesse de plonger les Camerounais dans le désarroi.

Le groupe « mystérieux » qui revendique les attaques du 12/11/2007, et dont l’un des leaders  a accordé une interview au journaliste Ndzana Seme le 26 juin 2008, avait annoncé de nouvelles attaques  dans les prochaines semaines.

Il y a 7 jours, des « assaillants » ont une fois de plus surpris nos militaires au campement de Munya. « Trois soldats camerounais ont été grièvement blessés. D'importantes quantités d'armes et de munitions ont été emportées par les assaillants. » 


Et comme les fois précédentes, les soldats ont été pris de cours, ont pris la poudre d’escampette, abandonnant armes et munitions aux assaillants. Comment une armée aussi bien équipée et entraînée se retrouve-elle entrain d’être prise de court et de refuser de combattre ?

Les assaillants sont-ils réellement des étrangers qui refusent de reconnaître la souveraineté camerounaise de Bakassi, ou alors les membres des réseaux mafieux qui vont de temps en temps prendre livraison de leur marchandise militaire quand ils veulent aux postes militaires les plus fragiles de Bakassi ?

Une telle obscure maffia ne bénéficie-t-elle pas de l’appui autant des hommes du pouvoir camerounais et que ceux du pouvoir nigérian ? L’attaque de novembre 2007 ayant causé la mort de 21 soldats demeure une énigme bien ténébreuse.

En effet, des sources proches de l’armée sont unanimes quant à l’implication d’un bon nombre  de leurs compatriotes dans cette tragédie.

Ces crimes  ne profitent-ils pas à ceux qui  se livrent en toute impunité au trafic des armes et qui en seraient privés si jamais le calme s’installait ? Le trafic d’armes est notamment très juteux et les énormes commandes du Mindef sont utilisées dans des trafics divers, dont notamment ceux de ravitaillement des rebelles du Tchad, de Centrafrique et des bandes armées du Delta du Niger en armes de guerre, selon des sources militaires.

Même le commerce illicite du carburant est endémique au sein  l’armée. En février 2001, lorsque la poudrière explosa au quartier général de Yaoundé, allusion fut faite à « un sabotage pour masquer un trafic crapuleux de munitions à destination du Tchad, de la Centrafrique ou de la RD du Congo ».

En attendant de voir le Bataillon d'intervention rapide (Bir) - qui n’a pas encore fait ses preuves au grand Nord où l’insécurité continue de prospérer - voler au secours des soldats qui sont au front, tout porte à croire que l’ennemi à Bakassi se trouve dans  le camp des camerounais.

Mais si les Bir s’impliquent directement dans les combats dans ce qui peut devenir une guerre ouverte à Bakassi, qui protégera encore Paul Biya à Etoudi. Qui massacrera encore les manifestants dans les rues de nos villes au prochain soulèvement populaire ?

Tag(s) : #Enquêtes

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