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                  Enoh Meyomesse,26/08/2008.L’histoire du Cameroun, depuis que notre pays s’est doté de son premier gouvernement, est jonchée de périodes de grandes espérances, suivies, immédiatement, malheureusement, de périodes de grandes désillusions.

 

1957 – 1958 : espoirs et désillusions sous

André-Marie Mbida

 

Le 15 mai 1957, le Cameroun se dote du premier gouvernement de son histoire.  La joie et la satisfaction sont indescriptibles au Cameroun. Le rêve aussi. Enfin, les fils du pays vont gérer leur propre pays. André-Marie Mbida, fondateur du Pdc, Parti des Démocrates Chrétiens, (il deviendra par la suite, Parti des Démocrates Camerounais), à la suite de sa victoire aux élections pour l’Assemblée Territoriale du Cameroun, Atcam, face au colon Louis Paul Aujoulat, qui, lui, dirige le Bloc Démocratique Camerounais, en abrégé, Bdc (ses détracteurs l’appellent, « bande de cons ») est désigné Premier ministre et Chef du gouvernement camerounais.

     André- Marie Mbida, est véritablement adulé par les Camerounais. Il est leur chef, leur leader, leur porte-parole, plus que le simple chef de son parti politique. Par ailleurs, il affronte ouvertement les Français, ce qui plaît considérablement à la population. C’est ainsi qu’il décide de mettre fin à la ségrégation raciale qui a lieu dans les quartiers où vivent les Blancs et dans les bistrots qu’ils tiennent. Il ordonne aux colons de retirer, de leurs cafés, les affiches plus qu’offensantes qu’ils y ont apposées et qui portent la mention « interdit aux chiens et aux Noirs ». Bien mieux, tout colon accusé de racisme est aussitôt expulsé, sur son ordre, du territoire camerounais, dès qu’il en est informé. André-Marie Mbida procède ainsi, en neuf mois seulement de pouvoir, à l'expulsion de plus de Français qu'il n'y en a eu en 45 ans d'indépendance.

     André-Marie Mbida a également le courage de croiser le fer avec le clergé catholique du Cameroun aux mains des Français. En sa qualité d'ancien séminariste, il affronte les prêtres blancs sur la question de la camerounisation du clergé. Il est ainsi l'initiateur du mouvement qui aura consisté à désigner des curés camerounais dans les paroisses. Cet activisme lui vaut la haine de Monseigneur René Graffin, tout puissant évêque de Yaoundé.

     Ces actes, cela va sans dire, accroissent considérablement la popularité d’André-Marie Mbida. Il est le leader que les Camerounais attendaient, en cette veille d’indépendance. Un homme courageux, qui rabat le caquet aux Blancs, qui leur interdit de continuer à maltraiter les Noirs. Homme fougueux, il lui arrive même parfois de leur infliger des gifles en public. Son épouse n’est pas en reste. Celle-ci déclenche des bagarres par-ci par-là, contre les Blancs, déchire les vêtements de leurs femmes, au marché central, au super-marché Printania (actuellement magasin Score ), etc.

     Mais, en dépit de tout ce qui précède, bien vite, l’espoir qu’avait suscité la désignation d’André-Marie Mbida com-me premier Premier ministre du Cameroun, s’est écroulé. En effet, au moment où il accède au pouvoir, le maquis fait rage en Sanaga-Maritime. L’Upc est plus déterminée que jamais à en découdre avec les colons. Contre toute attente, plutôt que de s’allier à ce mouvement politique qui mène sensiblement le même combat que lui, il s’y oppose plutôt farouchement. Il se rend ainsi à Boumnyebèl où il prononce son fameux discours au cours duquel il ordonne aux upécistes de rejoindre la légalité sous une dizaine de jours, faute de quoi, ceux-ci subiront des représailles sans fin de son gouvernement. La déception, à la suite de ce discours, est très grande dans le camp des patriotes camerounais. Ceux-ci attendaient plutôt de lui, l’inauguration d’une politique de la main tendue, en direction de l’opposition armée au Cameroun, ce d’autant que, celle-ci ne s’en prend pas à lui, mais, plutôt, aux colons français.

     Le discours de Boumnyebèl, loin d’avoir effrayé les upécistes, les aura plutôt galvanisés, au point où, le maquis est déporté aussitôt après en pays Bamiléké. Les attaques des postes de police, de brigades de gendarmeries et de sous-préfectures conduites par les upécistes repartent de plus belle. Les routes entre les villes camerounaises deviennent des cimetières pour Français. Ces derniers ne se déplacent plus ainsi que par avion, entre Douala et Yaoundé, Yaoundé et Dschang (chef lieu de la région bamiléké), Douala et Nkongsamba, etc.

     Mais, Mbida n’est pas seulement opposé aux upécistes. Il mène aussi une guerre impitoyable envers les leaders politiques évoluant dans la légalité. Sa plus grande bête noire est le regroupement d’hommes politiques qui se fait appeler « Groupe des huit », et qui est constitué de Paul Soppo Priso, Dissaké Hans, Behlé Gaston, Charles Assalé, Jean Ekwabi Ewané, Bétoté Akwa, etc. Le feu prend véritablement entre ces parlementaires et lui, lorsque Charles Assale, pour le compte de ce groupe, se rend à l'Assemblée Générale des Nations Unies, à New York, pour défendre l’indépendance du Cameroun. Pendant que ce dernier s’y trouve, Mbida l’informe qu'une fois de retour au Cameroun, il gagnera la prison.

     De même, entre Marcel Bebey Eyidi et Mbida, la guerre est totale. Mbida reproche à Bebey Eyidi de sympathiser avec les « maquisards », ce à quoi ce dernier lui répond que là n'est pas la question, il faut plutôt apporter une solution politique, et non militaire, au problème de ces derniers, à savoir, ouvrir des pourparlers avec eux, abroger le décret d’interdiction de l’Upc, amnistier ceux qui sont l’objet de poursuites judiciaires pour leurs opinions. Ce que, évidemment, Mbida ne peut admettre. Il finit par incarcérer Marcel Bebey Eyidi, et en fait ainsi son premier véritable prisonnier politique, et inaugure en même temps, une pratique qui va décimer des familles entières de Camerounais, parmi lesquels, ironie du sort, ceux de son propre parti, pendant les années qui vont suivre.

 

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