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  Enoh Meyomesse, candidat à l’élection présidentielle de 2011,04/10/2008.La date du 1er octobre 1961 fait partie des dates fondamentales dans l’histoire de notre pays, et le devenir de notre nation. Malheureusement, le régime anti-patriotique d’Ahmadou Ahidjo, et celui de son continuateur Paul Biya, en ont jugé autrement. Résultat, nul ne la fête plus. Et pourtant, elle a marqué la reconstitution, quoique partielle, de notre patrie divisée en deux par les colonialistes français et britanniques le 4 mars 1916, après que leurs troupes respectives aient envahi notre pays, et aient mené une guerre de deux ans contre l’armé coloniale allemande, qui s’est soldée par un nombre incalculable de morts camerounais. 

 Le dimanche 1er octobre 1961, les Camerounais avaient fêté la reconstitution partielle de leur patrie. Nous nous en souvenons comme s’il s’agissait d’hier, tellement l’événement avait été grandiose. A n’en pas douter, dans la quasi-totalité des foyers de la ville de Yaoundé, pour ne pas dire de toutes les grandes villes du Cameroun, des mets spéciaux avaient été préparés, et les tourne-disques distillaient abondamment de la musique. Trois mois auparavant, cependant, à savoir le jeudi 1er juin 1961, les Camerounais avaient passé la journée à abreuver d’injures l’ambassade de Grande-Bretagne, sise eu quartier Hippodrome à Yaoundé, et à en cribler la clôture de cailloux. La raison ? Ils protestaient contre le rattachement, ce jour-là, du Northern Cameroons au Nigeria. Cela était la conséquence du référendum truqué des 11 et 12 février 1961, à l’issue duquel, le Southern Cameroons avait opté pour la reconstitution du Kamerun, et le Northern Cameroons, pour son démembrement définitif.

 4 MARS 1916 : DATE DE LA SEPARATION ET DU TRAÇAGE DE LA LIGNE DE DEMARCATION

 

Après avoir livré une guerre de deux ans, c’est le dimanche 20 février 1916 que le dernier officier allemand capitulait à Mora, dans le nord du pays. 15 jours plus tard, à savoir le samedi 4 mars 1916, les géomètres français et britanniques procédaient au traçage de la ligne de démarcation séparant la zone d’occupation française de celle d’occupation anglaise. Dès le dimanche 5 mars au matin, il n’a plus été possible, aux Kamerunais, de se déplacer, librement, d’un côté à l’autre de cette fameuse ligne de démarcation. Les deux envahisseurs colonialistes ont établi deux postes frontières : l’un à Santa, dans l’actuelle province du Nord-Ouest, l’autre à Loum, dans l’actuelle province du Littoral. Cette fameuse ligne de démarcation a ainsi une source d’ennuis et de tracasseries considérable pour la population. Des champs ont été coupés en deux. Des familles, ont été séparées. La langue administrative a également changé et est devenue double : d’un côté l’anglais, de l’autre le français. Même chose pour les règles administratives.

     Aussitôt que les Camerounais ont su, au lendemain de la signature des accords de tutelle du 13 décembre 1946, qu’ils disposaient, de nouveau, de la possibilité d’adresser des pétitions contre la France et la Grande-Bretagne pour se plaindre de la maltraitance qu’ils subissaient de la part de ces deux pays envahisseurs, ils n’ont pas hésité, un seul instant, à dénoncer l’injustice que représentait, pour eux, l’existence de la fameuse ligne de démarcation du 4 mars 1916. Nous avons recueilli, dans les archives du Conseil de Tutelle, à New York, les réponses suivantes de l’administration coloniale française, au sujet des plaintes des Camerounais :

    «  Unification du Kamerun. Le pétitionnaire fait valoir, en faveur de cette unification, des arguments d’ordre intellectuel et d’ ordre moral. Sur le plan intellectuel, il désire qu’une seule langue officielle soit valable pour le Cameroun sous l’une et l’autre tutelle ; mais il est significatif qu’il ne propose pas comme langue unique du futur Cameroun unifié, un dialecte camerounais. Sur le plan des intérêts d’ordre moral, le pétitionnaire a invoqué la nécessité d’avoir une législation unique pour les deux territoires, en apportant à l’appui de son argumentation, les déclarations faites à la sixième session du Conseil de Tutelle par les représentants spéciaux du Cameroun sous administration britannique et du Cameroun sous administration française. Ces déclarations visaient à démontrer qu’il n’était pas fait obstacle au passage de la frontière par les gens qui désiraient s’installer d’un côté ou de l’autre et le pétitionnaire feint d’y voir la preuve que les Camerounais désertent en masse le Cameroun sous tutelle française pour s’installer en zone anglaise. Il y a là un fait absolument contraire à la réalité. Nous constatons tout au rebours que si de nombreux Bamiléké des groupements voisins de leur frontière ont immigré à l’époque où existait le recrutement de main-d’œuvre et où les femmes payaient l’impôt, les derniers recensements effectués dans ces mêmes groupements prouvent que la presque totalité d’entre eux sont revenus depuis lors dans leur pays d’origine. Ceci enlève singulièrement de leur valeur aux arguments invoqués par le pétitionnaire.

     Le pétitionnaire feint également de croire que la division du Cameroun en deux zones est contraire aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales proclamés par la Charte des Nations Unies. Il insinue que ces libertés règnent au-delà de la frontière, alors qu’elles seraient méconnues dans le territoire sous tutelle française. Là encore, il y a une interprétation absolument fantaisiste des faits que l’on dénature dans le sens favorable à la thèse de l’unification.

 

     Expulsion d’un Kamerunais de la partie du territoire sous administration française.

     Le cas de Lingob Jacob, expulsé du territoire par arrêté du haut-commissaire en date du 5 février 1951, est significatif à cet égard. Lingob Jacob originaire de Bamenda (Cameroon britannique) s’est installé dans la région de Loum en 1928 en qualité de catéchiste, puis de planteur. Il fut nommé chef des étrangers bamiléké en 1942. C’est en cette qualité de chef bamiléké qu’il se livra à des exactions caractérisées, percevant l’impôt pour son compte personnel et réquisitionnant un camion appartenant à la coopérative des planteurs indépendants africains de la région du Mungo. C’est à la suite d’une réunion des Bamiléké de la région du Mungo que le renvoi dans son pays d’origine de ce chef prévaricateur a été demandé pas es administrés eux-mêmes et que le haut-commissaire a été amené à prendre l’arrêté d’expulsion après avis conforme du chef de région du Mungo et du Conseil d’administration du territoire.

  Refoulement d’un Kamerunais.

     Pour ce qui concerne les nommés Latenjio Ga-briel et Mouafo Jacob, ils ont été effectivement empêchés de pénétrer sur le territoire du Cameroun sous tutelle française, parce qu’ils étaient dépourvus de tout papier d’identité et qu’ils ne s’étaient pas conformés aux règlements en vigueur sur l’immigration.

     Quant aux informations qui terminent la pétition, elles n’engagent que leurs auteurs et nous répétons, ici, que rien ne les autorise à parler au nom de la population du Cameroun sous tutelle française. Les événements, et notamment, la récente consultation électorale ayant prouvé quel nombre infime de Camerounais ils représentent par opposition à la grande majorité des électeurs du territoire…

 20 MAI 1972 : ABOLITION DE LA CELEBRATION DU 1er OCTOBRE 1961

 C’est le 20 mai 1972 que le régime Ahidjo a mis fin à la célébration de la date du 1er octobre 1972. La raison ? La France lui ayant intimé l’ordre de mettre fin au fédéralisme au Cameroun parce qu’elle venait de décider d’entamer l’exploitation du pétrole camerounais qui se trouvait au Cameroun occidental et redoutait une sécession de la part de la communauté anglophone, il a réalisé son référendum truqué du 20 mai 1972, au cours duquel, les Camerounais n’ont retrouvé, dans les bureaux de vote, que deux types de bulletins : le « OUI », et le « YES ». Naturellement, le « OUI » l’a remporté de manière « éclatante », et « les Camerounais ont prouvé, à la face du monde, leur grande maturité politique ». Bien mieux, « les Camerounais ont prouvé leur attachement profond à l’unité nationale si chèrement acquise ». La République Fédérale du Cameroun est devenue la République Unie du Cameroun. Soit. Question, toutefois, en quoi le maintien de la célébration de la date du 1er octobre 1961 nuisait-elle à cette « unité nationale si chèrement acquise » ? Deuxièmement, le 4 février 1984, Paul Biya, le continuateur d’Ahmadou Ahidjo, a aboli la République Unie du Cameroun, et à instauré la République du Cameroun, tout court. Conformément à la logique de son « illustre prédécesseur », pour quelle raison n’a-t-il pas, à son tour, transformé la date du 4 février 1984 en fête nationale, et aboli celle du 20 mai 1972, alors que la dénomination de l’Etat camerounais a  de nouveau changé, comme ce fut le cas le 20 mai 1972 ?

     Quoi qu’il en soit, le jour où des patriotes camerounais accèderont au pouvoir à Yaoundé, il faudra bien que la question des fêtes officielles de notre pays, et plus particulièrement de notre fête nationale, soit posée et tranchée dans un esprit à la fois nationaliste et patriotique.

Tag(s) : #Analyses

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