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    François Bambou, La Nouvelle Expression, 28/10/2008.Selon une enquête de l’Institut national de la statistique (Ins), la pauvreté n’a pas reculé au Cameroun depuis le début de la décennie. Un document que le gouvernement refuse de rendre public.Les gouvernants qui ronronnent à longueur de discours sur les grandes avancées du Cameroun en matière de lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales sont désormais dans une posture incommode depuis qu’ils ont pris connaissance des résultats de la troisième enquête sur les ménages. Car, les résultats de la toute dernière enquête menée au Cameroun auprès des ménages montrent que la pauvreté a, au mieux, stagné.

Selon les conclusions de cette enquête sur les ménages conduite par le très officiel Institut national de la statistique (Ins) : “ Le recul de la pauvreté constaté entre 1996 et 2001 s’est estompé entre 2001 et 2007 ; les performances économiques n’ayant pas été suffisantes”. La personne pauvre étant ici décrite comme vivant dans un ménage dont la dépense moyenne alimentaire et non alimentaire par adulte n’excède pas 738 francs par jour. Cet indicateur ayant été conçu avant l’envolée des prix des denrées alimentaires, on voit bien que même ceux qui dépenseraient 1000 francs par jour resteraient sous le seuil de pauvreté. Les conclusions de cette enquête sont si embarrassantes que le gouvernement tarde à rendre public ce document censé orienter les administrations dans l’élaboration des politiques.

Selon les résultats de l’enquête Ecam 3, “ la croissance économique de la période n’a pas été à la hauteur des attentes. En effet, le taux réel de croissance du Pib n’a été que de 3% à 3,4% en moyenne contre un objectif de 7% en moyenne retenu pour la période ”. Les enquêteurs font d’ailleurs remarquer que le taux de croissance connu par l’économie camerounaise est à peine plus important que le taux de croissance démographique qui est de 2,7%. Autant dire que l’économie camerounaise a fait du sur place. Pourtant, au début de la période, fort du document intérimaire de stratégie de réduction de la pauvreté, et des documents de stratégies sectorielles qui y étaient annexés, le gouvernement se faisait fort de faire repartir l’économie camerounaise vers des niveaux de performance proches de ceux du début des années 80. Le chef de l’Etat lui se faisait fort, au lendemain de sa réélection, en 2004, de porter le Cameroun vers des taux de croissance à deux chiffres.

Un échec qui s’est rapidement répercuté sur le niveau de vie des Camerounais, dont la même proportion qu’en 2001 vit sous le seuil de pauvreté. Il y a 39,9% de personnes très pauvres au Cameroun en 2007, contre 40,2 en 2001, lors de la précédente enquête. Il est vrai que sur la même période, les objectifs du gouvernement (37,1%) n’étaient pas particulièrement ambitieux, mais ils n’ont même pas été atteints. En somme, la prétention du Cameroun à atteindre les objectifs du millénaire de réduction de la pauvreté va être corrigée à la baisse.

La situation aurait probablement été plus grave, signalent les analystes de l’Institut national de la statistique, si des mesures de protection du pouvoir d’achat des populations n’avaient pas été prises à deux reprises ces dernières années. “ Les mesures gouvernementales de lutte contre la vie chère mises en place depuis 2006, notamment les maîtrises des prix des produits pétroliers, la réduction ou la suspension des droits de douane sur les produits alimentaires importés de grande consommation, ont contribué très positivement à l’atteinte de ce résultat, le pouvoir d’achat des ménages ayant été relativement préservé ”.

Si ces mesures de surface  à objectifs limités ont pu donner l’illusion de préserver l’accès à certains bien à ceux qui le pouvaient déjà, les fondamentaux de la pauvreté au Cameroun sont restés les mêmes. “ Au plan spatial, note l’Institut national de la statistique, la stabilité du taux de pauvreté au niveau national cache d’importantes disparités. Le phénomène est plus accentué en milieu rural 55% qu’en milieu urbain (12,2%). Par rapport à 2001, la pauvreté est ainsi en aggravation de 3 points en milieu rural et en recul de 5,7 points en milieu urbain ”. D’autre part, en ce qui concerne les déterminants de la pauvreté, ils échappent à l’influence de mesures de correction des tarifs douaniers et autres décisions présidentielles ponctuelles censées soulager les populations. Les près de 52 000 Camerounais enquêtés dans les dix provinces considèrent que les déterminants les plus importants de la pauvreté, et qu’il faut corriger si on veut la faire reculer, sont les suivants : le niveau d’instruction, la situation sur le marché du travail (qualité de l’emploi et niveau de revenu), l’accès aux infrastructures économiques, l’accès aux facteurs de production (la terre, le capital et les intrants agricoles) la taille des ménages et le milieu de résidence.

Tag(s) : #Actualité

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