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Leger Ntiga, Mutations, 20/02/2009. Henri Eyébé Ayissi leur interdit de critiquer l'organe en charge des élections et consultations référendaires au Cameroun.Comme nous l'annoncions dans ces mêmes colonnes dans l'édition d'hier, le ministre des Relations extérieures (Minrex), Henri Eyébé Ayissi s'est adressé hier, 19 février 2009, au corps diplomatique accrédité au Cameroun. La rencontre qui s'est tenue dans les locaux dudit département ministériel, contrairement aux usages, avait lieu debout dans un hall aménagé pour la circonstance.

Et ils étaient tous là. De Janet Garvey (Etats-Unis d'Amérique) à Javier Puyol (Union européenne), en passant par Eugène Biti Wanyou (Côte d'Ivoire). Seule absence remarquée, Georges Serre de France qui s'est fait représenter. Avec pour seul point à l’ordre du jour, la communication unidirectionnelle (monologue donc), du chef du département, entouré pour la circonstance de son collègue de la Communication, Jean Pierre Biyiti bi Essam, du ministre délégué auprès du vice Premier ministre chargé de la Justice, Maurice Kamto et du ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures chargé du Commonwealth, Joseph Dion Ngute.

Après avoir accusé les médias d'avoir provoqué une effervescence autour d'Elections Cameroon (Elecam), le Minrex s'est voulu didactique en imprégnant l'assistance des textes (loi et décrets) sur l'organe en charge des élections et consultations référendaires au Cameroun. Henri Eyébé Ayissi a tenu à expliquer le contexte de l'avènement d'Elecam, celui de la désignation des membres de son conseil et la nomination de sa direction générale. En dépit de toutes ces précautions d'usage, la toile de fond du discours du Minrex s'est révélée par la suite. Elle s'est déclinée en la menace et l'intimidation des représentants des "pays amis" et "partenaires bilatéraux". Celui qui s'est fait pour la circonstance, le porte-parole du gouvernement, a ainsi donné le ton en indiquant à ses interlocuteurs ce que le gouvernement attend d'eux.

"Le gouvernement camerounais attend de vous (…), le respect de ses institutions et la compréhension que méritent ses décisions, dans la mesure où celles-ci ne peuvent que correspondre à l'intérêt bien compris du Cameroun, tel qu'il est perçu et assumé par les autorités nationales compétentes, en particulier celles ayant reçu mandat du peuple camerounais pour le représenter et se prononcer en son nom". Sans équivoque donc! Ce cliché parmi les plus significatifs du message de Henri Eyébé Ayissi a eu le mérite de tirer de la causerie, l'ambassadeur de l'Union européenne, Javier Puyol, son collègue des Pays Bas, Saskia N. Bakker et le chef de la mission diplomatique d'Italie, Antonio Bellavia. Tous trois, jusque là souriants, ont subitement eu les cheveux dressés sur la tête. C'est alors que, munis de stylos, ils se sont exercés à une prise de notes assidue.

Prêt-à-porter

Par la suite le Minrex demande aux partenaires du Cameroun, de prendre en compte, "l'exigence d'autodiscipline vis-à-vis d'Elecam, en se gardant de céder à la tentation de cette nouvelle forme de mission civilisatrice, qui tend à se draper sous le manteau du devoir d'ingérence démocratique, qui n'hésite pas à recourir aux médias nationaux et internationaux pour discréditer les institutions politiques nationales, pour cause de non-conformité aux modèles politiques ou culturels dominants". Avant de conclure sa communication sur la même lancée, M. Eyébé Ayissi a fait appel à la sagesse africaine qui veut que "le dialogue véritable suppose la reconnaissance de l'autre à la fois dans son identité et dans son altérité". Dans le même ordre d'idées, il dira que "les hommes peuvent atteindre un but commun, sans emprunter les mêmes voies ".

Dans son intervention, le ministre des Relations extérieures s'est voulu imagé en multipliant des proverbes et dictons qu'il est allé chercher dans la Rome antique en évoquant l'allégorie du vin: "C'est dans le vin et autour du vin que se partage ou se digère mieux la vérité, quel que soit, au demeurant, le goût de ce vin". Une invite au vin d'honneur auquel n'ont pas pris part Javier Puyol qui a fait la photo de famille le dos tourné aux objectifs, Antonio Bellavia, Saskia N. Bakker, Janet Garvey, Jean-Pierre Lavoie (Canada), et bien d'autres chefs de missions diplomatiques notamment occidentales, dont la sortie fracassante avant le début du cocktail dit long sur la.

Dans la tonalité générale de son propos d'hier, il y avait comme une suite d'une scène vécue à Monatélé, le 24 mars 2008, à l'occasion de l'anniversaire du Rdpc. Devant de vieilles femmes, dans son allocution en français, Henri Eyebe Ayissi avait rappelé qu'il parlait entant que ministre des Relations extérieures et délégué du comité central du Rdpc au pouvoir. Au sujet de la révision constitutionnelle, répondant à la communauté internationale, il avait alors insisté : "Non au prêt-à-porter institutionnel, non au dictat, non aux modèles venus d'ailleurs".
Tag(s) : #Actualité

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