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Thierry Amougou in camer.be,21/02/2009.La naissance d’Elecam n’est que la continuité politique de la révision constitutionnelle de l’an passé, et dont l’objectif premier est de corréler positivement la durée de vie du Renouveau National à celle du président camerounais. Lors de sa prestation de serment, Barack Obama s’est adressé au cercle des dictateurs du monde en ces termes : « A ceux qui s’accrochent au pouvoir par la corruption, la tromperie et en réduisant la contestation au silence, sachez que vous êtes du mauvais côté de l’histoire ».

Depuis lors, le côté de l’histoire qu’a choisi le Renouveau National s’est plus que jamais confirmé par une nouvelle innovation institutionnelle régressive : la naissance effective d’Elections Cameroun (Elecam) : Organe en charge des élections et des consultations référendaires au Cameroun. Cette structure dont l’impartialité des membres est nulle sur tous les critères retenus, a immédiatement été dénoncée par l’Union Européenne, le Commonwealth et de nombreux ambassadeurs étrangers au Cameroun dont celui des USA.

Le régime en place au Cameroun marque ainsi sa logique politique. Elle consiste à torpiller toutes possibilités de liberté et d’alternance au pouvoir tant que son leader est en vie. La naissance d’Elecam n’est que la continuité politique de la révision constitutionnelle de l’an passé, et dont l’objectif premier est de corréler positivement la durée de vie du Renouveau National à celle du président camerounais. Le régime camerounais actuel a donc depuis longtemps choisi d’entrer dans l’histoire non par ce qu’il aura construit pour promouvoir l’émancipation sociopolitique des populations, mais par ce qu’il aura détruit et ériger en obstacles pour qu’il puisse durer au détriment des libertés.

En effet, avoir peur, après plus 25 ans d’un pouvoir absolu, d’une commission électorale indépendante, témoigne du caractère calamiteux de sa gouvernance et de la lourdeur des multiples casseroles que l’on traîne derrière soi. C’est le contraire qui nous aurait surpris tellement Elecam confirme la tendance lourde et profonde du régime camerounais actuel depuis sa naissance en 1982. En conséquence, le fait de rappeler aux dictateurs ce qu’ils sont effectivement comme l’a fait Barack Obama lors de son investiture, ne leur donne manifestement pas la moindre envie de changer de cap. Ce n’est pas surprenant car ils se croient tous maîtres de l’histoire et invulnérables parce qu’ils ont le pouvoir.

Ceci dit, étant donné qu’avoir le pouvoir et gouverner revient aussi à faire l’histoire en l’écrivant à sa convenance, le peuple camerounais court au moins deux risques supplémentaires avec le Renouveau National : ne pas savoir de quoi hier sera fait et subir une privatisation de la construction de son futur par le régime en place.

En effet, Elecam n’est pas une institution anodine. Elle est censée faire l’histoire qui va suivre au Cameroun en garantissant qu’elle ne soit rien d’autre que ce que souhaite le Renouveau National. Situation qui entraîne une dépossession démocratique de la population camerounaise dont la place centrale dans l’écriture de son histoire sera désormais occupée par Elecam, son initiateur et ceux qui profitent du régime. C’est le fondement démocratique de base qui est ainsi vidé de sa substance par une extériorisation de la dynamique politique par rapport au peuple qu’elle concerne. Ce n’est plus la volonté populaire qui fait l’histoire et le pouvoir, mais c’est un pouvoir et ses structures bâtardes qui les font. Elecam augmente ainsi tant le déficit démocratique du Renouveau National, que sa dette de gouvernance envers le peuple camerounais.

Sur un autre angle, Elecam n’évince pas seulement les Camerounais de l’écriture de leur avenir, mais aussi de l’écriture de leur passé car en voulant faire l’histoire qui va suivre, on modifie obligatoirement celle qui précède par la mise au rebus d’un ensemble de faits tangibles défavorables à ses objectifs hégémoniques. La falsification de l’histoire est en effet une caractéristique fondamentale des régimes non démocratiques qui interprètent l’histoire au filtre puissant de leurs seules projections que celles-ci soient de race ou de classes. C’est ce que révèlent les deux derniers messages du président camerounais. C'est-à-dire, le message de fin d’année 2008 et le plus récent adressé aux jeunes lors de la fête de la jeunesse. Le premier a fait le bilan de l’année 2008 sans faire allusion aux Camerounais tués par le Renouveau National lors des émeutes de février-mars 2008. Le deuxième énumère une kyrielle de banalités habilement choisies et omet une fois de plus ces assassinats de jeunes Camerounais qui contestèrent la révision constitutionnelle de 2008. L’opération épervier a le même objectif d’effacement tous azimuts du passé mafieux du régime en réduisant celui-ci en une série d’arrestations, d’incarcérations et de procès au travers desquels le président veut se reconstruire une nouvelle image en supposant les camerounais amnésiques.

Aussi, à l’instar de la machine coloniale qui écrivit l’histoire à sa convenance, nul ne sait, avec le Renouveau National de quoi hier sera fait. Tout ce qui semble se dégager, est la logique implacable du régime et ses affinités étroites avec les pratiques coloniales de celui qui l’a précédé. Autant le pouvoir du feu président Ahidjo s’est construit sur le sang des Camerounais de la résistance nationaliste, autant la révision constitutionnelle de 2008 et Elecam se construisent sur le sang des jeunes Camerounais non seulement abattus en février-mars 2008, mais aussi conduits manu militari pour avoir dit non à une escroquerie politique jadis en gestation et désormais confirmée.

Décidément, rien de tel qu’une amnésie à géométrie variable pour réécrire l’histoire pour soi. Et sur ce point, rien de différent entre la méthode coloniale et celle que vivent actuellement les Camerounais sous le Renouveau National. La vigilance s’impose pour la mémoire et la transmission de la vérité historique aux populations futures car le ministre camerounais des relations extérieures qui menacent et accusent les ambassadeurs accrédités à Yaoundé de néocolonialisme, pour avoir contesté Elecam, ne se rend pas compte que la stratégie permanente d’obstruction démocratique qu’il défend est exactement de la même veine. La poutre dans son œil est définitivement moins visible que la poussière dans celui de l’autre.

Tag(s) : #Analyses

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