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Parti du Cameroun par la route à la recherche d’une vie meilleure,  plus d’une vingtaine de camerounais croupissent depuis près de deux ans dans des prisons libyennes pour immigration clandestine. D’autres africains concernés ont pu retourner dans leurs pays grâce aux titres de transport payés par leur gouvernement. Interpellé, celui du Cameroun a choisi de les laisser mourir. Nyamsi Didier, un des détenus est ainsi mort en détention et inhumé en Libye.
« Je suis un journaliste camerounais travaillant à Douala et de passage en Libye pour la couverture du sommet de l’union africaine. Je suis au courant de votre situation et aimerais en savoir davantage pour informer l’opinion camerounaise à mon retour ». A ces premiers mots lâchés par nous de l’autre bout du combiné téléphonique, Adrien Come Eloundou, incarcéré  depuis cinq mois au camp de rétention des sans papiers africains de Tripoli pour immigration clandestine crie à rompre le tympan  « Merci Monsieur, sauvez nous Monsieur, ne nous laisser pas mourir Monsieur, nous sommes 22 camerounais ici Monsieur, attendez un peu, j’appelle les autres camerounais  Monsieur », supplie-t-il. La détresse qui se ressent à travers cette voix qui aurait subitement retrouvée toute sa vigueur dénote des souffrances qu’endurent la vingtaine des camerounais détenus dans ce camp qu’ils qualifient de prison.

Scotchés au combiné, nous pouvons l’entendre crier après d’autres camerounais qui, une minute après se disputent le téléphone. « Je ne peux tout vous expliquer au téléphone. Sachez que nous souffrons ici.  On ne mange pas bien. Nous sommes régulièrement bastonnés et certains en meurent », laisse entendre Adrien.
 
« Un de nous Nyamsi Didier est même mort de maladie et a été  inhumé ici y’a plus de cinq mois. Avant de mourir Il disait que sa famille habite le quartier  Mokolo et qu’il était originaire de Bangangté, pardon ne nous laissez pas mourir comme lui », crie une deuxième voix qui se présente comme Douala Christian.  A peine a-t-il achevé son propos qu’une troisième  prit le relais. « Moi, c’est Simeu Alain, je suis en détention depuis deux ans. La Libye n’attend qu’un billet d’avion retour pour le pays pour nous libérer. Plusieurs ressortissant d’autres pays ont été libéré grâce à l’intervention de leur pays qui a payé les billets d’avion  Pardon que papa Paul Biya et maman Chantal Biya nous aident », supplie-t-il. Le même cri de détresse doublée de cet appel  incessant à l’aide  sera ainsi attendu auprès de 14 détenus que nous avons le pris soin d écouter.

Détenus pour immigration illégale

Encouragés par la proximité de la Libye avec l’Europe et la force de sa monnaie, de nombreux africains immigrent vers ce pays qui offre encore de grandes possibilités d’emploi.  Seulement, l’entrée de ce territoire est conditionnée par l’obtention d’un visa et la résidence  par une carte de séjour. De nombreux africains dont plusieurs camerounais réussissent à contourner ses exigences, rentrent dans ce pays et exercent des petits métiers à l’instar de la maçonnerie, la menuiserie… Leurs parcours jusque dans ce pays frise l’inacceptable.  Parti du Cameroun, ils transitent généralement par le Nigeria, le Bénin, le Niger, l’Algérie et enfin la Libye. Un trajet qui les emmène dans le désert et pendant lequel plusieurs passent de vie à trépas.  Une fois en Libye, ils exercent des jobs assez bien rémunérés, tout au plus bien plus rémunérés qu’au Cameroun.
 
Leur séjour est alors rythmé par un jeu de cache-cache avec la police locale  qui n’hésite pas souvent à prendre le dessus  et réussir à les interpeller. « On m’a pris dans le taxi en compagnie d’autre africains à Sehba, une ville du Sud libyen et conduit dans le camp de rétention des sans papiers de cette ville », explique Abessolo Oumar, en détention depuis 22 mois et qui se retrouve aujourd’hui au camp de Zawiya. En effet, les détenus sont régulièrement mutés dans les différents camps du pays afin d’éviter la familiarité et des complicités entre eux. Quelques uns à l’instar de Stanley Ambe en sont à leur septième  en 22 mois de détention. On y retrouve  même des mineurs dont un  prénommé Samuel âgé de 16 ans et parti du Cameroun l’an dernier alors qu’il était élève en classe de 5è au lycée de Ngaoundéré. A en croire Takam Gabriel, lui aussi incarcéré depuis 22 mois, plusieurs pays dont le Congo Brazzaville, la Côte d’ivoire, le Mali, la Gambie, le Sénégal ont acheté des titres de voyage pour leurs ressortissants qui ont regagné leurs pays respectifs. « Pourquoi le Cameroun qui est même plus riche que certains de ces pays ne le feraient pas pour nous ses enfants », déplore Takam.

Le silence assassin des autorités camerounaises

« Depuis notre incarcération, nous ne recevons que les visites de Gilbert Kamto qui est le président de la communauté camerounaise en Libye. Il nous apporte souvent des médicaments, des habits et beaucoup du réconfort. Il a promis d’intercéder pour nous auprès du gouvernement libyen pour qu’il nous offre les titres de voyage retour » explique Noumo  Zephirin. Approché, Gilbert Kamto reconnaît avoir régulièrement rendu visite à ces camerounais en détresse. « C’est d’ailleurs mon cheval de bataille ici en Libye, assister tous les camerounais quelque soit leur condition et contribuer à l’améliorer », fait-il remarquer. Il a ainsi transmis le dossier de vingt des  22 détenus qui ne détiennent pas de passeport à l’ambassade du Cameroun à Alger pour la délivrance des laissez-passer qui les servira pour quitter le pays. Lesquels laissez-passer ont été gratuitement établis par la représentation diplomatique. « L’ambassade de la république du Cameroun à Alger présente ses compliments au secrétariat de la commission populaire de la coopération internationale et des relations extérieures et à l’honneur de solliciter son entremise auprès de structures chargées de l’immigration en vue de la libération des camerounais ci-après détenus dans les camps libyens », pouvaient-on lire sur un document suivie des noms des intéressés expédié aux autorités libyennes par l’ambassade du Cameroun à Alger.

Une lettre qui pour les autorités libyennes sonne plutôt comme une tautologie. L’ambassade de ce pays à Yaoundé avait saisi il y’a quelques mois le ministère des relations extérieurs du Cameroun afin de lui signifier la situation de ces camerounais et souhaité que des titres de voyage retour leur soient expédiés. Une demande restée lettre morte. Les dernières nouvelles de Libye  annoncent un possible retour de ces camerounais  au pays  aux premières heures de ce samedi. Le gouvernement libyen se serait engagé à leur offrir gratuitement des titres de transport.

Listes des camerounais incarcérées

1-Abessolo Oumar, né le 09/11/1981 à Yaoundé
2-Dongmo Bertrand Hervé, né le 10/02/1986 à Santchou
3-Douala Christian, né le 25/03/1979 à Libreville
4- Ngo Nin Françoise, née le 01/03/1979 à Douala
5-Tchoupe Leonard, né le 26/04/1978 à Baleng
6-Mbako Gudam, né le 12/12/1984 à Bamenda
7-Ngameni Gilles, né le 02/02 1979 à Douala
8-Bounougou François, né le 23/02/1983 à Belabo
9-Simeu Alain, né le 07/10/1978 à Douala
10- Tapang Daniel, né le 19/12/1981 à Mbanga
11-Manga Bayeme paul Jacques, né le 17/05/1983 à Douala
12-Mouté Patrick, né le 30/06/1979 à Douala
13- Fonkou Patrick Dewe, né le 05/01/1978 à Douala
14- Ambel Stanley, né le 03/01/1979 à Ngie
15- Nke SEH Felix ? né le 12/03/1973 à Bamessing
16-Eloundou Come Adrien, né le 09/05/1977 à Douala
17- Samuel, né le 0101 :1993 à Mokolo, fils de Oumarou et de Abiba
18- John Brenik, né le 21/09/1986 à Mokolo
19- Mbeng Godlove, né le 21/02/1988  à Douala
20- Seutchui Sylvain, né le 23/03/981 à Edéa
21- Poungoue Loumon Mathias
22- Ndjinkeu Arnaud

Tag(s) : #Actualité

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