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Depuis la colonisation jusqu’à ce jour, le dominateur a laissé croire au Camerounais que le dirigeant tout puissant, à l’image du gouverneur occupant colonial, est indispensable « pour que les choses marchent ». Beaucoup de Camerounais ont grandi avec une telle logique incrustée dans leur esprit, de sorte qu’aujourd’hui quand on parle de changement nécessaire au Cameroun, la question immédiate est toujours QUI va faire ce changement. Pourtant, la réalité actuelle au Cameroun en est que l’État ne fonctionne pas efficacement justement et précisément à cause des superpouvoirs cumulés par un individu et par les gouvernants. Les traditions africaines du  modèle collégial dans la direction de l’État sont le chemin que l’État africain doit suivre. Un modèle qui marche à merveille dans les pays scandinaves et en Suisse.

Par Ndzana Seme

 NEW YORK 08/07/2009 - Ce dont les Camerounais ont le plus besoin aujourd’hui c’est des hôpitaux où des soins de santé leur sont disponibles, d’un système éducatif accessible à leurs enfants, des emplois leur assurant la survie quotidienne, des routes et chemins de fer leur offrant la liberté de se déplacer sans entraves, des services de police qui assurent leur sécurité, bref des services publics fonctionnels et efficaces.

 Mais pour avoir des hôpitaux où des soins de santé leur sont disponibles, faut-il aux Camerounais un président tout puissant qui décide de tout ? Pour avoir un système éducatif accessible à leurs enfants, ont-ils besoin d’un président avec les superpouvoirs de changer la constitution à sa guise ? Pour obtenir des routes et chemins de fer leur offrant la liberté des déplacement et les opportunités économiques, ont-ils besoin d’un individu tout puissant qui doit donner son accord sur tout selon son bon vouloir ? Pour bénéficier des emplois assurant leur survie quotidienne, ont-ils besoin d’un individu tout puissant qui décide qui doit ouvrir et poursuivre des affaires au Cameroun en usant de l’arme des impôts selon sa volonté individuelle ? Pour jouir de la sécurité nécessaire à tout exercice de la citoyenneté, ont-ils besoin d’un individu superpuissant qui oriente les missions de la police pour servir la seule sécurité de son pouvoir ? Pour jouir de services publics fonctionnels, les Camerounais ont-ils besoin d’un individu tout puissant à la tête de l’État ou de toute autre institution étatique ?

 Depuis la colonisation jusqu’à ce jour, le dominateur a laissé croire au Camerounais que ce dernier a besoin d’un individu tout puissant à la tête des administrations publiques pour pouvoir bénéficier ou jouir de quel que service ou bien public qu’il soit ; que le dirigeant tout puissant, à l’image du gouverneur occupant colonial, est indispensable « pour que les choses marchent ».

 Beaucoup de Camerounais ont grandi avec une telle logique incrustée dans leur esprit, de sorte qu’aujourd’hui quand on parle de changement nécessaire au Cameroun, la question immédiate est toujours QUI va faire ce changement. L’esprit qui pose une telle question ne voit rien d’autre qu’un individu investi de superpouvoirs, à l’image de Paul Biya ou Ahmadou Ahidjo.

 Pourtant il n’y a rien de plus faux et trompeur que de croire que l’État ne peut fonctionner que sous la direction d’un individu tout puissant. Au contraire, la réalité actuelle au Cameroun en est que l’État ne fonctionne pas efficacement justement et précisément à cause des superpouvoirs cumulés par un individu et par les gouvernants.

 Les vices des tous puissants néocoloniaux, dont notamment le vol systématique des biens publics, la corruption consistant à vendre les services publics pour son profit personnel, les abus d’autorité réprimant l’initiative privée, l’impunité imposant la terreur là où les citoyens ont soif de liberté d’entreprendre, ont imposé au Cameroun la situation actuelle d’inefficacité de l’État et de misère grandissante.

 Les individus ont créé l’institution qu’est l’État pour les aider à accomplir les services qu’ils ne peuvent pas accomplir eux-mêmes individuellement. De tels services sont les services publics. L’État – démocratique bien sûr - est donc une institution créée par les citoyens dans le but d’assurer la fourniture des services et biens publics dont les citoyens ont besoin. La forme de la direction de l’État ne compte pas dans cette définition ; seul compte l’efficacité dans la fourniture des biens et services publics dont les citoyens ont besoin.

 Ici, nous entendons par présidentialisme ou système présidentiel tout système politique où un individu – président, premier ministre ou toute autre haut dirigeant – est investi des pouvoirs individuels, souvent illimités, d’utiliser les biens et moyens de l’État, de changer à sa guise les statuts de l’État que sont la Constitution et ses Amendements, de dissoudre les autres pouvoirs de l’État que sont le Législatif et le Judiciaire dans une république, etc. Ainsi le système présidentiel se présente comme le contraire du système collégial, dont la version démocratique idéale est le collège comprenant tous les citoyens comme dirigeants de l’État.

 De même pour bénéficier des services et biens publics fournis efficacement, le citoyen n’a pas besoin du parti politique comme on le laisse croire dans les pays occidentaux. Les défenseurs du multipartisme se basent pour ce faire sur la déclaration de Thomas Jefferson selon laquelle :

 « Dans chaque société libre et délibérative, il doit y avoir, de par la nature de l’homme, des parties opposées, et des dissensions et discordes violentes; et l’une de celles-ci, le plus souvent, doit l’emporter sur l’autre sur une durée plus ou moins longue »

 Après avoir débattu à suffisance de l’inadéquation du rôle du multipartisme - prôné dans cette phrase comme indispensable dans le domaine de l’efficacité de l’action de l’État au service des citoyens -, je laisse au lecteur le soin de trouver si le parti politique est utile dans la fourniture efficace des biens et services publics dont les citoyens ont besoin.

 Dans l’état où le Cameroun se trouve actuellement, la question centrale est la suivante : Pour une bonne fourniture des soins de santé, de l’éducation, des emplois, des infrastructures de transport, de la sécurité publique, les Camerounais ont-il besoin des « parties opposées, et des dissensions et discordes violentes » ? La question sous-jacente devient : Le Cameroun a-t-il besoin des politiciens moulés par la culture et les traditions occidentales ?

 Pour trouver la meilleure réponse à cette question fondamentale portant sur la meilleure forme de direction de l’État au Cameroun, nous devons d’abord consulter notre histoire, avant de regarder dans le monde à la recherche des modèles de gouvernement qui marchent à la plus grande satisfaction des citoyens.

 Avant l’occupation esclavagiste et coloniale, les témoignages - dont on peut citer ceux du caravanier arabe Ibn Batouta en Afrique de l’Ouest - font état de sociétés africaines gouvernées par la « vertu », marquées notamment par l’absence de vol et de crimes. Les Aînés camerounais se souviennent en effet que pendant la période coloniale et jusqu’au début des années 1960, vous pouviez laisser votre porte ouverte, aller en voyage pendant des semaines, revenir et trouver que rien ne manque dans votre maison.

 Ceci témoigne de ce que la tradition des institutions et de leur respect par tous est la caractéristique essentielle des Africains précoloniaux. Les institutions qui régulaient la société africaine étaient inscrites dans la tradition orale et chaque individu était soumis à ses lois. C’est grâce à ces solides institutions traditionnelles africaines que nos ancêtres réussissaient à jouir d’un relatif bien-être général, dans un environnement sans prisons, sans vols et sans crimes à un degré alarmant.

 La deuxième remarque est que, non seulement le consensus est la règle fondamentale de l’expression démocratique en Afrique, le leadership politique était assuré par des conseils, des équipes, des collèges composés des individus les plus méritants de la société. Même dans les royaumes et chefferies africaines traditionnelles, les sociétés secrètes assuraient ce principe de leadership par des conseils des gens méritants.

 Le collégialisme apparaît donc dans l’histoire africaine comme la meilleure forme de direction de l’État. Les résultats, nous l’avons dit, ont été ceux de succès, avec notamment la jouissance du bien-être général par les citoyens qu’étaient nos Ancêtres.

 En observant le monde, l’on se rendra curieusement compte que les pays qui ont adopté le système collégial jouissent d’un bien-être social plus élevé que ceux qui sont dans le système présidentiel. Prenons un indicateur significatif en termes de mesure du bien-être : l’indicateur du développement humain publié annuellement par le PNUD.

 L’on constate dans le rapport du PNUD sur le IDH de 2008, que des dix premiers pays du monde, six sont des pays qui appliquent le système collégial de gouvernement, à savoir l’Islande (1er), la Norvège (2ème), l’Irlande (5ème), la Suède (6ème), la Suisse (7ème), et les Pays-Bas (9ème). Seuls l’Australie, le Canada et le Japon (3ème, 4ème et 8ème) font partie de ces champions du monde, la France n’occupant que la 10ème place. Tandis que les Etats-Unis viennent seulement en 12ème place, derrière un autre pays avec système collégial, La Finlande.

 Nous avons là une démonstration claire de ce que les pays à régime présidentialiste ne sont pas ceux qui assurent le mieux le bien-être des citoyens.

 Par conséquent, les traditions africaines du collégialisme dans la direction de l’État sont le chemin que l’État africain doit suivre. Les Africains en général, et en particulier les Camerounais qui sont frappés par la misère imposée par la dictature d’un leader néocolonial essentiellement incapable, doivent factoriser la solution de la forme collégiale de direction de leur État nouveau par des conseils dirigeants.

 L’autre avantage majeur du système collégial de gouvernement au Cameroun en est qu’un tel système est une solution définitive contre la malédiction du tribalisme, installée au sein de la société par l’occupant colonial et son successeur néocolonial. Le dictateur colonial et néocolonial, incapable de diriger le pays autrement que par la peur et la terreur, enflamme en effet les passions ethniques afin de les utiliser ensuite comme justification de son régime despotique. Car l’occupant colonial aimait à dire que sans lui, nos tribus se seraient tout simplement entredéchirées ; ce que Paul Biya ressassait si bien en 1992 à Monatélé en disant qu’après lui c’est le chaos.

Tag(s) : #Analyses

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