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Cameroun_enchaine200.jpgHenriette Ekwé, la directrice de publication de l’hebdomadaire « Bebela » a été entendue ce lundi à Douala par divers responsables locaux des renseignements généraux, de la sécurité militaire et de la direction générale à la recherche extérieure (Dgre).

Convoquée par téléphone par le patron des renseignements généraux pour le Littoral, Tata Henriette (comme l’appellent affectueusement ses confrères) s’est présentée dans les locaux desdits services sis à côté du commissariat à l’émi-immigration au quartier Bonanjo. « Là, raconte l’intéressée, le chef des renseignements généraux me dit que c’est pour un simple entretien convivial et que je n’avais pas pour cela besoin de me faire accompagner. »

Il se trouve en effet qu’avant de déférer à cette convocation téléphonique, Henriette Ekwé a prévenu Alex Gustave Azébazé (premier secrétaire par intérim du Syndicat national des Journalistes du Cameroun) et Florine Nseumi Léa (journaliste à La Nouvelle Expression) qui l’ont accompagnée. Sans tarder, elle est conduite à la délégation régionale de la sûreté nationale pour le Littoral. Ici, ses confrères sont retenus à l’extérieur du bureau où Joachin Mbida Nkili, le délégué régional et de nombreux hommes en tenue l’attendent déjà. « Mais, le temps de  l’ouverture et de la fermeture de la porte, j’ai pu reconnaître dans ce bureau des hommes de la sécurité militaire (Semil), des renseignements généraux et de la Dgre », rapporte Alex Gustave Azébazé.

 

 

« On arrête et on sévit »

 

 

C’est une fois la porte refermée que Henriette Ekwé apprend qu’il lui est reproché d’avoir pris part le 6 avril dernier sur Equinoxe Tv à une émission au cours de laquelle elle a fait des analyses relatives au putsch manqué du 6 avril 1984. Le détail qui dérange c’est sa réponse à la question de savoir si une nouvelle tentative de coup d’Etat est possible au Cameroun aujourd’hui. Elle avait alors répondu en disant que « si les conditions qui avaient provoqué la situation de 1984 sont les mêmes, une nouvelle tentative de coup d’Etat est bien possible. »

Une réponse que ces hommes de la sécurité perçoivent comme « une incitation à la révolte ». C’est du moins ce qui lui a été signifié hier dans ce bureau où elle s’est retrouvée en face de six « gros bonnets » calepins en main, qui n’ont eu de cesse de lui rappeler : « si vous continuez, nous allons mettre en marche les lois. » Sans toutefois citer la loi dont il s’agit. « Parmi eux, relate Henriette Ekwé, il y en avait un qui répétait sans cesse : “je suis un professionnel de la guerre”. » Comme la journaliste demandait que ses interlocuteurs lui expliquent plus clairement ce qui lui était reproché, ceux-ci lui ont répondu qu’ils ne l’avaient pas invitée pour un débat. Et l’un d’eux de conclure l’entretien en ces termes : « si elle n’a pas compris, on arrête et on sévit »…

 

 

Fonctions

 

 

En fin de semaine dernière déjà, Henriette Ekwé avait été invitée à se présenter à la préfecture du Wouri pour soi disant un entretien au sujet de son journal qui n’avait pas paru…

Face à cette situation, le Snjc par la voix d’Alex Gustave Azébazé se dit « étonné que des autorités policières et militaires s’autorisent à convoquer des journalistes par des voix de travers. Nous demandons au gouvernement de veiller sur la liberté des journalistes à s’exprimer librement, y compris à donner leur opinion sur les affaires et événements publics. »

En plus de ses fonctions de directrices de publication de Bebela, Henriette Ekwé est l’un des doyens de la presse camerounaise et l’une des plumes les plus respectée de la profession au Cameroun. De ce fait, elle est la vice-présidente de l’Union des Journalistes du Cameroun (Ujc), conseillère au bureau du Snjc et responsable genre pour l’Afrique de la Fédération internationale des journalistes (Fij).

Tag(s) : #Actualité

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